Vers l’adoption d’un plan mondial relatif à la recherche axée sur la prévention de la sclérose en plaques

Des recommandations formulées récemment dans le cadre d’un atelier international dirigé conjointement par SP Canada et MS Australia jettent les bases d’une stratégie mondiale relative à la recherche axée sur la prévention de la SP.

 

Nécessité de faire de la prévention de la SP une priorité sans plus attendre

Touchant plus de trois millions de personnes à l’échelle planétaire, la sclérose en plaques (SP) constitue encore un défi considérable au chapitre de la santé dans le monde.

Grâce à l’amélioration constante des traitements ciblant la SP et à une compréhension accrue des facteurs de risque de cette maladie, la voie à emprunter en vue de prévenir cette affection nous semble plus évidente que jamais. Toutefois, seuls six pour cent des fonds investis à l’échelle mondiale dans la recherche sur la SP sont affectés à des travaux centrés sur la prévention de cette maladie. 

Or, des découvertes marquantes effectuées dans le domaine de la SP – tout comme divers progrès réalisés au chapitre de la prévention d’autres affections auto-immunes – suscitent de nouveaux espoirs qui font que la prévention de la SP constitue maintenant un objectif réaliste. 

En avril 2025, un atelier international consacré à la prévention de la SP, commandité par SP Canada et MS Australia, a réuni à Lisbonne, au Portugal, près de 60 spécialistes issus de disciplines diverses, dont l’objectif était de discuter des connaissances actuelles et des priorités en matière de prévention de la SP.

Les recommandations formulées dans le cadre de cet atelier ont été publiées cette semaine dans la revue MS Journal et jettent les bases d’une stratégie mondiale relative à la recherche axée sur la prévention de la SP.

Mme Pamela Valentine, Ph. D., présidente et chef de la direction à SP Canada, est résolue à poursuivre sa quête de possibilités transformatrices. « Notre objectif est ambitieux, mais des découvertes majeures, l’évolution de la technologie et l’essor que connaît la recherche sur la SP nous offrent une occasion sans précédent. La stratégie que nous mettrons en œuvre mènera à l’approfondissement des connaissances sur les risques de SP et aidera les médecins à diagnostiquer et à traiter cette affection de façon plus précoce qu’à l’heure actuelle. Il est maintenant temps de miser sur la prévention de la SP », précise Mme Valentine. 

 

Élaboration d’un cadre d’action pour la prévention de la SP

En vue de définir les objectifs à atteindre au chapitre de la prévention de la SP, les spécialistes ont « cartographié » l’évolution de cette maladie. Les processus biologiques menant à la SP s’enclenchent des années avant l’apparition de symptômes. Il existe des interactions entre des facteurs génétiques et environnementaux, ce qui se traduit ultimement par la présence de signes cliniques de SP, lors de la survenue de symptômes. Si nous parvenons à mieux comprendre ces mécanismes, nous pourrions détecter la SP plus tôt et trouver des façons de prévenir ou de stopper cette maladie ou d’en ralentir l’évolution. 

Les interventions envisageables quant à la prévention de la SP peuvent être répertoriées comme suit, selon le moment où elles sont censées être mises en œuvre. 

  • La prévention primordiale consiste à prévenir la survenue des facteurs de risque de SP tels que l’obésité durant l’enfance ou la contraction de la mononucléose infectieuse. 

  • La prévention primaire consiste à cibler les facteurs modifiables déjà présents, comme une carence en vitamine D ou le tabagisme, pour prévenir le déclenchement de la SP. 

  • La prévention secondaire consiste à détecter la SP à ses tout premiers stades en vue de retarder ou de prévenir sa progression et d’éviter ainsi l’aggravation de la maladie.

 

Prévention primordiale et primaire : cibler les facteurs de risque

Les spécialistes qui ont participé à l’atelier se sont penchés sur plusieurs questions importantes en lien avec la mise en œuvre d’un plan en matière de prévention primordiale et primaire. À qui doit-on accorder la priorité? Quels sont les facteurs de risque à cibler en premier lieu? Le moment auquel on intervient importe-t-il? Quelles sont les interventions les plus efficaces? 

Les facteurs génétiques associés à la vulnérabilité à la SP comprennent plus de 230 gènes également présents chez les personnes exemptes de cette maladie. Bien que les gènes ne puissent être modifiés, les connaissances cumulées à leur sujet pourraient permettre de déterminer qui sont les personnes exposées à un risque élevé de SP, en vue d’assurer une surveillance étroite de celles-ci, et contribuer à une meilleure compréhension des premiers stades de la SP. Comme la plupart des données probantes dont on dispose actuellement à ce sujet concernent des populations européennes, d’autres études devront être menées à ce sujet. 

Parmi les facteurs de risque environnementaux figurent l’infection par le virus d’Epstein-Barr (VEB), l’obésité durant l’enfance ou l’adolescence, une exposition insuffisante au soleil, une carence en vitamine D et le tabagisme. Les résultats de travaux de recherche marquants, menés récemment, portent à croire qu’une infection par le virus d’Epstein-Barr (VEB) serait nécessaire à l’apparition de la SP, ce qui semble indiquer que le recours à des vaccins ou même à des agents antiviraux pourrait constituer la piste la plus prometteuse en ce qui a trait à la prévention de la SP. 

Et ensuite?

En ce qui concerne la réduction du risque de SP, les perspectives encourageantes sont considérables, car un grand nombre de facteurs de risque sont liés au mode de vie ou à des infections et peuvent donc faire l’objet d’interventions. Par conséquent, une approche multidimensionnelle ciblant une variété de facteurs de risque a été recommandée dans le cadre de l’atelier. Les personnes qui ont participé à ce dernier ont souligné l’importance de mettre à profit les connaissances actuelles, de cibler les facteurs de risque modifiables, de former des alliances et de faire valoir les arguments économiques plaidant en faveur de la prévention de la SP.

 

Prévention secondaire : un dépistage précoce de la SP comme point de départ

Bon nombre des questions mentionnées précédemment se posent également en ce qui a trait à la prévention secondaire de la SP : quand, comment et auprès de qui intervenir pour retarder ou prévenir les manifestations de la SP?

Bien des années avant les premiers signes cliniques de la SP, des mécanismes biologiques se mettent en branle, amorçant ainsi le processus pathologique qui sous-tend cette affection. Chez certaines personnes, on note l’existence d’une phase prodromique, marquée par la survenue de symptômes avant-coureurs non spécifiques, tels des maux de tête, et par un recours accru à des services de santé.

À l’heure actuelle, il est très difficile de détecter la phase de la maladie qui précède l’apparition des premiers symptômes – dite phase prodromique – en temps réel. Toutefois, l’exploitation de marqueurs sanguins, tels des marqueurs associés à la formation de lésions nerveuses et des anticorps dirigés contre des protéines du cerveau ou le VEB, s’avère fort prometteuse. L’exploitation de ces marqueurs pourrait faciliter le dépistage de la SP à un stade très précoce et permettre de stopper cette maladie avant que celle-ci ne se manifeste.

Et ensuite?

L’une des recommandations formulées à l’occasion de l’atelier consiste à poursuivre la recherche en vue de la découverte et de la validation de biomarqueurs qui permettront d’accélérer le dépistage de la SP, et plus particulièrement de tests grâce auxquels des changements au sein du système immunitaire pourront être décelés. 

D’autres travaux de recherche devront être menés de sorte qu’on puisse établir des liens entre la présence de ces marqueurs et le cours de la SP à long terme. Cette stratégie nécessitera des efforts collaboratifs centrés sur l’élaboration d’études au long cours qui consisteront à combler les lacunes actuelles au chapitre des connaissances et porteront sur des cohortes de gens exposés à un risque élevé de SP – l’objectif étant la réalisation de travaux de recherche sur des interventions axées sur la prévention de la maladie. 

Les outils nécessaires au dépistage précoce de la SP devront être accessibles et abordables partout dans le monde. Cette question revêt une importance cruciale en ce qui concerne la faisabilité d’essais cliniques, dont les retombées permettront de prévenir la SP ou d’en retarder l’apparition dans les années à venir.

 

Stratégies d’intervention destinées à prévenir la SP

La nécessité et l’efficacité potentielle des différents types d’intervention envisageables ont fait l’objet de discussions. Il a notamment été souligné que les interventions ciblant une population entière – visant par exemple à limiter des facteurs de risque comme le tabagisme et l’obésité – auraient une large portée, mais une intensité moindre comparativement à des interventions plus ciblées.

Les interventions menées à l’échelle individuelle sont plus intensives, mais peuvent également être plus ciblées et efficaces pour les personnes concernées. Il s’agit notamment des traitements protecteurs à court terme ou uniques (p. ex. des vaccins contre le VEB), des traitements à long terme (p. ex. les thérapies axées sur la vitamine D et l’immunothérapie), et des programmes de soutien centrés sur l’adaptation du mode de vie.

Les progrès réalisés au chapitre de la prise en charge d’autres affections auto-immunes, tel le diabète de type 1, suscitent beaucoup d’espoir. Ainsi, grâce aux efforts soutenus déployés dans le domaine de la recherche depuis de nombreuses années, il a été possible d’identifier des marqueurs sanguins dont l’exploitation contribue à l’accélération du dépistage de la SP. Cela a permis la réalisation d’essais cliniques consacrés à des traitements très précoces qui relevaient de l’immunothérapie et qui ont permis de retarder l’apparition de cette maladie. D’autres essais de ce type sont en cours. 

Et ensuite?

Pour être efficace, la prévention de la SP devra reposer sur des interventions qui cibleront divers aspects de la maladie et qui seront adaptées au contexte local et à l’étape de la vie pour chaque personne concernée. 

Or, d’importantes considérations éthiques s’imposent. Que faire lorsqu’une personne présente un risque élevé de SP, mais qu’on ne dispose pas encore de moyens permettant de stopper ou de prévenir cette maladie? Que faire dans les cas où l’on dispose d’un traitement potentiel qu’on pourrait administrer précocement, mais qui comporterait un risque? Que penseraient des parents atteints de SP à propos du recours à des interventions préventives chez leurs enfants si celles-ci étaient accessibles? Il importe d’établir des principes éthiques qui guideront le milieu de la recherche en ce qui concerne les gens qui ont un risque élevé de SP ou qui en sont à un stade très précoce de la maladie.

Le recours à des interventions auprès de personnes qui présentent un risque avéré de SP – mais qui sont encore en bonne santé – exige qu’on informe ces dernières de manière réfléchie à propos des risques et des bienfaits des interventions envisagées dans leur cas. 

Par ailleurs, pour que la prévention de la SP soit réalisable à l’échelle planétaire, il importe de veiller au renforcement des capacités dans les pays aux ressources restreintes et à la mise en œuvre d’interventions évolutives.

 

Que faudrait-il faire d’autre pour que la prévention de la SP devienne réalité?

Indicateurs de succès

Pour assurer le succès de l’initiative mondiale axée sur la prévention de la SP, il est essentiel de pouvoir évaluer l’efficacité des futures stratégies de prévention. Il importe aussi de mesurer l’engagement envers les interventions préventives et l’adoption de celles-ci, ainsi que d’évaluer leur impact, lequel ne doit pas se limiter à la réduction du nombre de nouveaux cas. Par exemple, l’atelier a été l’occasion de désigner comme résultats mesurables potentiels la réduction du nombre d’absences à l’école ou au travail, ainsi que divers indicateurs économiques, telle la diminution des coûts des soins de santé. 

Alliances multisectorielles et coalitions de parties prenantes

L’établissement d’alliances multisectorielles sera essentiel quant à la prévention de la SP. Les alliances permettent la mise en commun des ressources disponibles, facilitent la sensibilisation du public, contribuent à la diffusion des messages, et plaident en faveur de changements en matière de politiques.

La diversité des points de vue des différentes parties prenantes est cruciale, et l’inclusion de ces dernières sera essentielle à la mise au point d’interventions qui engendreront le changement. Les parties prenantes dont il est ici question comprennent les personnes atteintes de SP, celles qui présentent un risque de SP, les organismes de la SP, ainsi que les groupes dont l’action est centrée sur les facteurs de risque communs à la SP et à d’autres maladies. Sont aussi considérées comme des parties prenantes clés les diverses autorités compétentes en matière de santé publique, dont le vaste mandat comprend notamment la prévention des maladies à l’échelle des populations.

La mise en œuvre d’un plan de communication de grande envergure sera également primordiale. Les spécialistes ayant participé à l’atelier ont aussi pris en considération la nécessité de diffuser de l’information sur les facteurs de risque connus, de même que les façons dont les stratégies axées sur le dépistage et la prise en charge précoces de la SP pourraient être communiquées aux diverses catégories de parties prenantes.

Orientations futures

Des progrès ont été réalisés quant à la compréhension des processus pathologiques sous-jacents à la SP, mais des efforts à long terme, bien coordonnés, devront être déployés à l’échelle mondiale en vue de la prévention de la SP. 

Pour atteindre cet objectif, il sera essentiel d’accorder la priorité aux domaines clés et de financer le travail à effectuer dans ces domaines, d’établir des alliances internationales, ainsi que de travailler en harmonie avec d’autres initiatives d’envergure planétaire, telle l’initiative de portée mondiale baptisée « Pathways to Cures » (feuille de route pour la quête de remèdes contre la SP).  

 

Référence :

Article publié dans la revue Multiple Sclerosis Journal le 26 décembre 2025 – « Toward a global research agenda for preventing multiple sclerosis ». Voir cet article

Autres ressources :