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  • 10 avril 2026

Réussir à cibler les bons axes de recherche sur la SP en vue d’accélérer les progrès dans le domaine

Faits marquants du Forum de l’ACTRIMS 2026

Écriteau apparaissant dans l’un des couloirs du Forum de l’ACTRIMS.

Chaque année, le Comité des Amériques pour le traitement et la recherche dans le domaine de la sclérose en plaques (ACTRIMS, de l’anglais Americas Committee for Treatment and Research in Multiple Sclerosis) réunit des scientifiques afin qu’ils puissent échanger sur les dernières découvertes issues de la recherche sur la sclérose en plaques (SP) pouvant contribuer à une meilleure compréhension de cette maladie et à l’amélioration de la prise en charge des personnes qui en sont atteintes.

Logo du Forum de l’ACTRIMS 2026 sur le thème MS at a Crossroads – La recherche sur la SP à la croisée des chemins.

Le thème retenu cette année, MS at a Crossroads (La recherche sur la SP à la croisée des chemins), marque un tournant décisif dans la recherche sur la SP, puisque les connaissances actuelles sur cette maladie et les progrès technologiques réalisés soulèvent d’importantes questions sur l’avenir. De fait, le Forum 2026 visait à permettre de définir clairement les prochains axes de recherche sur la SP et de répondre aux questions suivantes : comment et pourquoi la SP se déclare-t-elle, et quels facteurs favorisent la progression de cette maladie?

Nous résumons ici certaines présentations qui ont été faites lors du Forum de l’ACTRIMS dans les domaines suivants, notamment : vieillissement et SP, nouvelles cibles thérapeutiques, avancées technologiques, et lien entre le virus d’Epstein-Barr (VEB) et la SP.


Vieillissement biologique et SP 

Par vieillissement biologique, on entend la vitesse à laquelle l’organisme vieillit à l’échelle cellulaire. En fait, l’âge biologique peut différer de l’âge chronologique (nombre d’années de vie). Selon certaines données probantes, le vieillissement biologique serait plus rapide que le vieillissement chronologique chez les personnes atteintes de SP.

L’étude de recherche présentée par Dylan Hamitouche (Université McGill) a révélé que les personnes atteintes de SP avaient en moyenne près d’une année biologique de plus que les personnes exemptes de cette maladie. Cette étude a mis en évidence des signes évocateurs d’une accélération du vieillissement biologique en cas de SP (dans les protéines cérébrales, plus particulièrement, et ce, jusqu’à 10 ans avant l’établissement du diagnostic de SP), qui ont été associés à un risque accru de décès. Ces résultats permettent de penser que l’âge biologique pourrait être un biomarqueur utile de la SP. Il permettrait de déceler cette maladie plus tôt et de surveiller sa progression avec une plus grande précision, ce qui se traduirait par la prestation de soins plus ciblés qu’à l’heure actuelle et fournis au bon moment. Cliquez ici pour en savoir plus sur cette étude de recherche (résumé en anglais).

Nous tenons d’ailleurs à féliciter Dylan, qui s’est vu décerner le prix de la meilleure présentation orale faite par la relève en recherche lors du Forum de l’ACTRIMS, ainsi que le prix de la relève en recherche de la European Charcot Foundation!

Il ressort d’une autre étude, menée quant à elle par la Dre Ilana Katz Sand (Université Mount Sinai), que des personnes ayant reçu un diagnostic récent de SP qui suivaient très fidèlement un régime méditerranéen tendaient à avoir de plus longs télomères (signe d’un plus jeune âge biologique) et à être exposées à un plus faible risque d’aggravation des incapacités par rapport aux personnes qui ne suivaient pas aussi fidèlement ce régime. Ces résultats indiquent que le régime alimentaire compterait parmi les facteurs liés au mode de vie sur lesquels les personnes atteintes de SP peuvent agir pour vieillir en meilleure santé. Cliquez ici pour en savoir plus sur cette étude de recherche (résumé en anglais). 

Vue de la ville de San Diego depuis l’immeuble où s’est tenu le Forum de l’ACTRIMS.

Nouvelles cibles thérapeutiques 

Les personnes qui vivent avec une forme progressive de SP ont besoin de traitements efficaces de toute urgence. Les études décrites dans les paragraphes ci-dessous portent sur de nouvelles voies biologiques et des cellules immunitaires qui sont évaluées par les chercheurs et chercheuses, parce qu’elles pourraient constituer des cibles prometteuses et permettre la mise au point de traitements visant à ralentir, voire à enrayer la progression de cette maladie. 

Professional headshot of a middle-aged man with glasses and a beard, wearing a dark blazer.

Le Dr Manuel Friese (centre hospitalier universitaire d’Hambourg-Eppendorf) s’est vu décerner le prestigieux Prix Barancik pour l’innovation dans le domaine de la recherche sur la SP pour ses travaux sur le rôle joué par l’inflammation et la neurodégénérescence (mort des cellules nerveuses) dans la progression de la SP. 

L’équipe de recherche du Dr Friese a découvert que les cellules nerveuses libèrent des signaux de stress au fil du temps et lorsqu’elles sont exposées à un processus inflammatoire. Ces signaux perturbent le fonctionnement normal de ces cellules et contribuent à la neurodégénérescence. L’équipe a également identifié une nouvelle molécule (GDF15) qui peut atténuer l’inflammation dans le cerveau et la moelle épinière. La découverte de ces nouvelles cibles prometteuses pourrait favoriser la mise au point de traitements qui protègent les cellules nerveuses et qui ralentissent la progression de la SP. Cliquez ici pour obtenir un complément d’information sur les travaux de recherche et les contributions du Dr Friese (page en anglais).

La présentation d’Hayley Groover (Université de l’État d’Ohio) portait sur la découverte prometteuse d’un groupe de cellules immunitaires appelées lymphocytes B ICE (pour innate-like clonally expanded; lymphocytes B issus de la formation d’un clone et dotés de fonctions semblables à celles de cellules du système immunitaire inné) qui contribueraient à la progression de la SP. Ces cellules s’accumulent dans le système nerveux central de souris âgées atteintes d’une maladie semblable à la SP et y produisent des anticorps nocifs qui s’attaquent à la myéline et qui provoquent une inflammation et des lésions tissulaires. Des cellules similaires ont été retrouvées dans le liquide céphalorachidien (LCR) de personnes atteintes de SP et pourraient donc être ciblées par des traitements visant à ralentir ou à prévenir la progression de cette maladie. Cliquez ici pour en savoir plus à ce sujet (résumé en anglais).

Précisons qu’Hayley a également reçu le prix de la meilleure présentation orale faite par la relève en recherche lors du Forum de l’ACTRIMS. Toutes nos félicitations!

Valeria Ramaglia, Ph. D. (Université de Toronto), a expliqué comment une stratégie qui cible le facteur C3 du système du complément, soit une protéine qui intervient dans la réponse immunitaire, peut ralentir la progression d’une maladie semblable à la SP chez les souris. Son équipe et elle ont découvert des preuves de l’activation de C3 dans le cerveau de personnes atteintes de SP progressive, ce qui confirme que cette protéine pourrait être une cible thérapeutique intéressante dans le contexte de la SP. Cliquez ici pour en savoir plus sur cette étude de recherche (résumé en anglais). 

Drs. Jennifer Gommerman and Valeria Ramaglia, co-leads on this study from the University of Toronto

Traitement de la SP et soins prodigués aux personnes atteintes de SP
Professional headshot of a middle-aged man in a gray suit and tie, wearing glasses.

Les contributions apportées depuis bon nombre d’années par le Dr Jeffrey Cohen (Clinique de Cleveland) à la recherche sur la SP et aux soins prodigués aux personnes qui sont atteintes de cette maladie lui ont valu de donner la conférence d’ouverture en hommage au Dr Kenneth P. Johnson

Le Dr Cohen a fait un état de la question de la greffe de cellules souches hématopoïétiques autologues (GCSHA), traitement qui consiste à utiliser les cellules souches d’une personne pour « reprogrammer » son système immunitaire, et présenté les perspectives dans le domaine. Les données issues de diverses études, dont l’essai canadien sur la greffe de moelle osseuse (GMO) financé par SP Canada, l’essai Halt-MS et l’essai MIST, sont solides : aucun signe d’activité de la maladie (qu’il s’agisse de poussées, de signes évocateurs de l’activité de la maladie à l’imagerie par résonance magnétique [IRM] ou d’aggravation des incapacités) n’a été observé chez 70 à 95 % des participants et participantes jusqu’à au moins cinq ans après la greffe.

Rappelons toutefois que la GCSHA comporte un risque important d’infections et de maladies auto-immunes secondaires, notamment. Il semble en outre que son efficacité soit supérieure chez les jeunes personnes dont la SP cyclique est très active et qu’elle soit associée à des risques accrus chez les personnes plus âgées atteintes d’une forme progressive de la maladie. En somme, la GCSHA est une option thérapeutique prometteuse, mais il convient de préciser qu’elle ne convient pas à tout le monde. Les travaux de recherche en cours ont pour objectifs principaux l’amélioration de l’intervention en tant que telle et l’établissement du profil des personnes atteintes de SP qui sont les plus susceptibles d’en retirer des bienfaits. 

 

La présentation de la Dre Lorna Galleguillos Goiry (Clínica Alemana) portait sur le tableau clinique et la prise en charge de la SP pendant la ménopause, période marquant une transition hormonale majeure chez la femme. Certaines femmes voient leurs symptômes et leurs incapacités s’aggraver pendant cette période, mais les données de recherche indiquent que la ménopause en tant que telle ne favoriserait pas directement la progression de la SP. Ce serait plutôt des facteurs tels que le vieillissement, la baisse du taux d’œstrogène et l’augmentation du risque de perte osseuse qui influeraient sur cette progression. 

Pendant la ménopause, il est particulièrement important d’adopter une approche préventive quant à la prise en charge des symptômes et de poursuivre de façon assidue la réadaptation. Dans certains cas, il est possible d’envisager l’instauration d’une hormonothérapie pour la prise en charge des symptômes ménopausique (perte de densité osseuse, bouffées de chaleur) après une évaluation minutieuse du rapport risques-bienfaits associé à un tel traitement.

Le Dr Amit Bar-Or (Université de la Pennsylvanie) a présenté quant à lui les résultats de l’essai MoonStone, à savoir le premier essai clinique de phase II portant sur l’obéxélimab, médicament qui inhibe l’activité des lymphocytes B chez des personnes atteintes de SP cyclique ou dont la SP progressive secondaire est active. L’obéxélimab a été associé à une réduction significative du nombre de lésions actives et de nouvelles lésions ou de lésions qui augmentent de volume dans le cerveau, comparativement à un placebo (substance inactive), et aucun nouveau problème d’innocuité n’a été rapporté. De tels résultats justifient la poursuite du développement clinique de ce nouveau traitement potentiel contre la SP. Cliquez ici pour en savoir plus sur cette étude de recherche (résumé en anglais).

 

Les résultats d’essais cliniques sur l’utilisation des inhibiteurs de la tyrosine kinase de Bruton (BTK, de l’anglais Bruton tyrosine kinase) pour le traitement de la SP progressive primaire (SPPP) ont également été divulgués. Le Dr Robert Fox (Clinique de Cleveland) a fait part à ses collègues des résultats de l’essai de phase III PERSEUS, au cours duquel l’équipe de recherche a comparé l’un des médicaments de cette classe, le tolébrutinib, à un placebo. L’objectif primaire de cet essai, à savoir le ralentissement de la progression des incapacités, n’a pas été atteint; cela dit, le nombre de nouvelles lésions et de lésions qui augmentent de volume dans le cerveau était plus faible chez les personnes qui ont reçu le tolébrutinib que chez celles qui ont reçu un placebo, tout comme l’ampleur de l’atrophie cérébrale. Cliquez ici pour en savoir plus sur cette étude de recherche (résumé en anglais).

 Le Dr Amit Bar-Or (Université de la Pennsylvanie) a présenté les résultats d’une autre étude, soit l’essai de phase III FENtrepid, dont l’objectif consistait à comparer le fénébrutinib, inhibiteur de la BTK, à l’ocrélizumab, à savoir le seul médicament approuvé à ce jour pour le traitement de la SPPP. Dans cet essai, le fénébrutinib s’est révélé légèrement plus efficace que l’ocrélizumab pour ce qui est de ralentir la progression des incapacités et d’améliorer la fonction des membres supérieurs chez les personnes atteintes de SPPP. Ces résultats permettent de penser que le fénébrutinib, qui agit directement sur le cerveau dans lequel il cible les mécanismes biologiques sous-jacents à la progression de la SP, pourrait devenir un jour une option de traitement oral de cette maladie. Cliquez ici pour en savoir plus sur cette étude de recherche (résumé en anglais).  



Avancées technologiques relatives à la SP 

Le Dr Gianmarco Bellucci  (Université de la Californie à San Francisco) a présenté un nouvel outil propulsé par l’intelligence artificielle baptisé MedCP. Cet outil sert à faire le lien entre des dossiers médicaux et des données biomédicales et fournit des réponses claires et fiables dans un vocabulaire simple aux questions de recherche qui lui sont posées. L’équipe du Dr Bellucci s’en est servi pour étudier les prodromes de la SP. Elle a ainsi établi que la migraine fait partie des symptômes couramment observés au cours des cinq années qui précèdent l’établissement du diagnostic de SP. De plus, MedCP a associé les migraines à des voies biologiques et à des gènes particuliers, ce qui aidera l’équipe de recherche à mieux comprendre les mécanismes biologiques en cause. En faisant le lien entre les données recueillies en contexte réel auprès des personnes qui vivent avec la SP et les observations biologiques, les outils comme MedCP peuvent aider le milieu de la recherche à analyser de gros volumes de données plus rapidement qu’auparavant et contribuer de ce fait à accélérer le rythme des découvertes qui pourraient aboutir à la mise au point de meilleurs traitements pour les personnes qui vivent avec la SP. Cliquez ici pour en savoir plus sur cette étude de recherche (résumé en anglais).

 

Sean Deoni, Ph. D. (Gates Foundation) a décrit à l’auditoire les progrès réalisés en ce qui a trait aux appareils d’imagerie par résonance magnétique (IRM) portables, qui ont l’avantage d’être moins volumineux et moins chers que les appareils standard et de pouvoir être transportés directement auprès des personnes à examiner. Certes, ces appareils d’IRM portables ont leurs limites (résolution moindre, prolongation de la durée de l’examen, génération d’images du cerveau uniquement), mais ils ont aussi beaucoup de potentiel, puisqu’ils garantissent à toutes les personnes atteintes de SP un accès équitable aux soins en facilitant notamment le suivi au sein des communautés rurales et mal desservies. 


Lien entre le virus d’Epstein-Barr et la SP

On considère désormais que le virus d’Epstein-Barr (VEB)est le principal facteur environnemental dont on sait qu’il accroît le risque de SP. Micah Luftig, Ph. D. (Université Duke), a résumé l’état des connaissances actuelles sur le rôle joué par le VEB dans l’apparition de la SP et les principales questions auxquelles il faut répondre pour définir les stratégies de prévention ou de traitement de cette maladie qui ciblent le VEB. Voici les questions de recherche prioritaires selon ce scientifique : 1) Dans quelle région de l’organisme des personnes atteintes de SP le VEB est-il le plus actif? 2) Quels sont les types de cellules infectées par le VEB qui déterminent la maladie? 3) Quels mécanismes déclenchent la réactivation du VEB qui se traduit par l’apparition de la SP? 

La Dre Dalia Rotstein (Université de Toronto) a présenté les résultats d’une étude financée par SP Canada portant sur le temps écoulé entre une infection par le VEB et l’apparition de la SP. En se servant de données sur la santé de la population de l’Ontario, au Canada, son équipe de recherche a repéré un sous-groupe de 74 personnes atteintes de SP qui avaient contracté une infection par le VEB un certain nombre d’années avant de recevoir un diagnostic de SP. Il faudra mener d’autres travaux de recherche pour comprendre ces résultats et établir plus précisément s’ils sont attribuables à des erreurs de diagnostic, à des erreurs de classification de l’infection par le VEB ou encore à des cas de réactivation d’une infection par le VEB. En sachant à quel moment et de quelle façon le VEB favorise l’apparition de la SP, il sera possible d’établir des stratégies de prévention et de traitement de cette maladie en conséquence. Cliquez ici pour en savoir plus sur cette étude de recherche (résumé en anglais).



Le présent article ne fournit qu’un aperçu des dernières découvertes dans le domaine de la recherche sur la SP qui ont été présentées lors du Forum 2026 de l’ACTRIMS. Pour obtenir un complément d’information sur ce forum, veuillez consulter la liste des résumés (en anglais).